En bref
- Lona Hugues s'est réorientée du design vers l'usinage après avoir découvert ce métier lors d'une journée d'intégration.
- Elle a remporté le concours MAF (Meilleur Apprenti de France) en usinage en 2023 après s'être arrêtée en quart de finale régionale des WorldSkills la même année.
- L'usinage lui permet de retrouver le plaisir du dessin technique tout en allant jusqu'à la fabrication concrète de la pièce.
- Elle est souvent la seule fille de sa classe et constate que les femmes restent peu visibles dans ce secteur, y compris dans les concours.
- Elle appelle à mettre en avant les parcours des femmes dans l'industrie sans pour autant en faire un argument spectaculaire ou une exception à célébrer à outrance.
Comment devient-on une femme dans l’usinage, un secteur encore largement masculin ? Le parcours de Lona Hugues, passée du design à la compétition nationale, montre qu’une réorientation réussie peut mener jusqu’au titre de Meilleur Apprenti de France (MAF). Son témoignage éclaire aussi bien les étapes concrètes du métier que les défis liés à la place des femmes dans l’industrie.
Qui est Lona Hugues, championne MAF en usinage 2023 ?
Lona Hugues est une jeune professionnelle formée au lycée Rouvière, titrée MAF (Meilleur Apprenti de France) en usinage en 2023. L’usinage désigne l’ensemble des techniques permettant de fabriquer une pièce mécanique par enlèvement de matière, à partir d’un plan technique. Elle s’est également inscrite au concours régional des WorldSkills, la compétition internationale des métiers, où elle s’est arrêtée en quart de finale la même année.
Son double parcours en 2023 illustre bien les deux grandes voies de valorisation des compétences en apprentissage : le concours MAF, qu’elle a remporté, et les WorldSkills, où elle a acquis de l’expérience sans aller jusqu’au bout. Ces deux concours poussent les apprentis à se dépasser à travers un projet de fin d’année, souvent proposé par les enseignants eux-mêmes.
Pourquoi est-elle passée du design à l’usinage ?
Lona Hugues n’était initialement pas destinée à l’usinage : elle se dirigeait vers une filière design, par passion pour le dessin. Elle s’est rendu compte qu’elle ne se sentait pas capable d’en faire son métier à temps plein, ce qui l’a poussée à explorer d’autres pistes. Une journée d’intégration en usinage a été l’élément déclencheur de sa réorientation.
Ce qui l’a convaincue, c’est de retrouver dans l’usinage la dimension du dessin technique qu’elle appréciait tant, tout en découvrant une étape supplémentaire : la fabrication concrète de la pièce. Elle raconte avoir été séduite par le fait de suivre tout le processus, du plan jusqu’à l’objet fini.
« Le fait de dessiner la pièce, puis de voir toutes les étapes jusqu’à la phase finale pour la fabriquer, finir vraiment avec la pièce en main réalisée comme je l’avais dessinée, c’est très satisfaisant et ça m’a beaucoup plu. »
Ce passage du dessin à la réalisation physique est au cœur des métiers où l’on conçoit avant de fabriquer. Pour les lecteurs curieux des étapes de conception technique, la rubrique J’imagine, je conçois présente plusieurs métiers liés à cette phase amont, tandis que Je fabrique, je réalise détaille les métiers de production comme celui de Lona.
Comment se déroule le quotidien d’une formation en usinage ?
Le quotidien en usinage combine apprentissage technique, projets encadrés par des enseignants et préparation aux concours professionnels. Lona Hugues explique que son projet de fin d’année, obligatoire dans son cursus, l’a naturellement amenée à envisager une participation aux concours plutôt que de le traiter comme un simple exercice scolaire.
Cette dynamique de concours est courante dans les filières techniques et permet aux apprentis de :
- Mettre en pratique des compétences techniques sur un projet concret
- Se confronter à d’autres apprentis d’autres établissements
- Gagner en confiance et en visibilité professionnelle
- Valoriser leur parcours auprès de futurs employeurs
Pour ceux qui s’interrogent sur les parcours possibles après ce type de formation, la page Métiers en vrai propose des témoignages similaires d’apprentis et de professionnels de l’industrie.
Pourquoi les femmes restent-elles peu nombreuses en usinage ?
Les femmes sont encore minoritaires dans les filières d’usinage, et Lona Hugues en fait l’expérience directe depuis le début de sa formation. Elle raconte avoir été l’une des deux seules filles de sa classe en bac professionnel, puis la seule fille de sa classe en BTS. Elle souligne cependant que l’ambiance au sein de sa promotion ne pose pas de problème particulier.
La difficulté se situe davantage du côté de certaines entreprises, parfois réticentes à intégrer une femme dans leurs équipes d’usinage, et du côté de la visibilité : Lona constate que les femmes sont peu mises en avant sur les réseaux sociaux ou dans les concours liés à ce métier.
« Souvent, être seule, on a l’impression d’être une espèce de bête étrange parmi tout ça, et ça, il faut arrêter de le voir de cette manière. »
Ce constat rejoint les problématiques plus larges abordées dans l’article Métiers de l’industrie : pourquoi personne ne veut les faire ?, qui interroge les freins à l’attractivité de ces filières, y compris pour les femmes.
Comment mieux valoriser la place des femmes dans l’industrie ?
Valoriser la place des femmes dans l’industrie suppose un équilibre délicat entre reconnaissance et mise en avant excessive. Lona Hugues a vécu cette tension lors de la remise des prix du concours MAF, où les organisateurs ont choisi de la faire monter sur l’estrade spécifiquement pour mettre en avant le fait qu’une fille ait remporté le concours en usinage.
Si elle était heureuse de partager son expérience, elle regrette que l’accent ait été mis uniquement sur le fait d’être une fille, plutôt que sur son parcours et ses compétences au même titre que les autres lauréats.
« J’étais contente d’aller sur le podium, de parler de mon expérience, mais aussi de parler de l’expérience des autres, parce que moi, ça fait vraiment : « ben il y a une fille ». »
Elle insiste néanmoins sur le fait que le métier évolue positivement, avec une reconnaissance et une acceptation croissantes des femmes dans ce secteur, à l’image de l’ensemble des métiers industriels. Les personnes intéressées par des témoignages de reconversion vers l’industrie peuvent consulter l’article Reconversion professionnelle : pourquoi ils choisissent l’atelier, qui illustre d’autres parcours atypiques vers ces métiers techniques.
Quelles perspectives pour les futurs apprentis en usinage ?
Les perspectives pour les futurs apprentis en usinage s’appuient sur des parcours de formation concrets, des concours valorisants et une évolution progressive des mentalités sur la mixité. Le témoignage de Lona Hugues montre qu’une réorientation, même tardive par rapport à un projet initial comme le design, peut mener à une réussite reconnue au niveau national.
Son expérience invite aussi les établissements et les entreprises à continuer de faire évoluer leur regard sur la diversité des profils dans l’industrie, sans pour autant réduire les parcours individuels à une seule caractéristique.
Le parcours de Lona Hugues illustre qu’un changement d’orientation peut ouvrir la voie à une passion durable et à des réussites concrètes dans l’industrie. Pour découvrir d’autres témoignages de professionnels et mieux connaître les métiers techniques, explorez la rubrique Paroles d’acteurs et partagez ces parcours autour de vous pour encourager davantage de vocations, féminines comme masculines.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le concours MAF en usinage ?
Le MAF (Meilleur Apprenti de France) est un concours national qui récompense les meilleurs apprentis dans leur domaine, dont l'usinage. Lona Hugues l'a remporté en 2023 après avoir préparé un projet de fin d'année dans le cadre de sa formation.
Qu'est-ce que la compétition WorldSkills ?
Les WorldSkills sont une compétition internationale des métiers qui permet aux apprentis de se mesurer à d'autres participants sur des épreuves techniques. Lona Hugues y a participé en 2023 en usinage, en s'arrêtant au stade du quart de finale régional.
Pourquoi peu de femmes travaillent-elles dans l'usinage ?
Selon Lona Hugues, les femmes restent peu visibles dans ce secteur, notamment sur les réseaux sociaux et dans les concours, et certaines entreprises ont encore des réticences à intégrer des femmes dans leurs équipes d'usinage. Elle observe toutefois que le métier évolue progressivement vers une meilleure acceptation.
Faut-il un diplôme en design pour se réorienter vers l'usinage ?
Non, aucun diplôme spécifique en design n'est nécessaire. Lona Hugues avait simplement un intérêt personnel pour le dessin avant de découvrir l'usinage lors d'une journée d'intégration, ce qui l'a convaincue de se réorienter.
Comment se passe l'intégration des filles dans une classe d'usinage majoritairement masculine ?
D'après le témoignage de Lona Hugues, l'ambiance entre élèves ne pose généralement pas de problème, même en étant la seule fille de la classe. Les difficultés se situent davantage du côté de certaines entreprises et du manque de visibilité des femmes dans ce métier.


