En bref
- Phoebe Perez, 21 ans, est passée d'un bac littéraire à la coiffure puis à l'usinage, un métier qui consiste à façonner des pièces métalliques avec des machines.
- Son entrée dans l'industrie s'est faite grâce à une rencontre avec le responsable d'une école d'usinage, qui lui a proposé d'essayer le métier en usine.
- Elle dénonce des clichés contradictoires sur les femmes dans l'industrie : certaines entreprises restent sexistes, d'autres recherchent au contraire des profils féminins pour leur minutie.
- Après environ 170 à 180 heures de travail supplémentaire sur sa machine, elle a obtenu le titre de meilleure apprentie de France en tournage à commande manuelle.
- Son témoignage illustre comment une reconversion professionnelle dans l'industrie peut offrir une voie concrète et valorisante, même après un parcours scolaire difficile.
Une reconversion professionnelle dans l’industrie est-elle possible après un parcours scolaire chaotique, sans diplôme ni expérience technique ? Le témoignage de Phoebe Perez, 21 ans, passée d’un bac littéraire interrompu à la coiffure puis à l’usinage, répond clairement : oui, à condition de saisir les opportunités et de s’investir pleinement. Son histoire montre que l’industrie peut accueillir des profils très variés, loin des idées reçues.
Quel était le parcours initial de Phoebe Perez avant l’industrie ?
Phoebe Perez a commencé par une filière littéraire en lycée, qu’elle a abandonnée au bout de six mois, ce choix ne lui correspondant pas du tout. Trop jeune pour être déscolarisée, elle s’est tournée vers le salon de coiffure tenu par sa mère, afin d’obtenir au moins un diplôme avant ses 16 ans.
Le jour de l’examen du CAP coiffure, elle a fait une crise de panique et a renoncé à continuer dans cette voie. À 17 ans, elle s’est retrouvée sans école et sans projet précis, une situation qui aurait pu durer si une rencontre décisive n’avait pas changé la donne.
Comment s’est faite sa découverte du métier de l’usinage ?
C’est une connaissance de longue date, monsieur Boulanger, qui lui a proposé d’essayer le métier dans son usine, au moment où il ouvrait une école dédiée à l’usinage. L’usinage est un procédé de fabrication qui consiste à façonner des pièces métalliques à l’aide de machines, en retirant de la matière pour obtenir la forme souhaitée.
Prévue pour durer une semaine, l’expérience s’est étendue à deux mois, suffisamment convaincante pour que Phoebe Perez intègre la première promotion de cette école en septembre 2021. Ce passage de la coiffure à l’usinage illustre bien comment une reconversion professionnelle peut naître d’une simple rencontre et d’un essai sur le terrain.
Les femmes sont-elles vraiment bienvenues dans les ateliers industriels ?
La réalité est contrastée, selon les propos de Phoebe Perez, qui résume la situation ainsi :
« Je vais dire d’un côté c’est vrai, d’un côté c’est faux. Les clichés qu’une femme dans un atelier c’est rare, c’est vrai. »
Elle raconte que l’accès au monde de la mécanique, qui l’intéressait depuis l’enfance, lui a longtemps été fermé. Certaines entreprises restent réticentes à employer des femmes, invoquant des contraintes matérielles supplémentaires :
« Il y a certaines boîtes qui sont quand même vachement sexistes où on va pas prendre de femmes parce qu’il faut faire un vestiaire pour les femmes, que c’est trop de contrainte et du coup on va pas prendre de femmes. »
À l’inverse, d’autres entreprises recherchent activement des profils féminins, estimant qu’ils apportent plus de minutie et d’attention aux détails. Ce contraste montre que les clichés sur les femmes dans l’industrie ne reflètent pas une réalité uniforme, mais dépendent fortement de la culture de chaque entreprise.
Comment Phoebe Perez est-elle devenue meilleure apprentie de France ?
Elle a obtenu ce titre en tournage à commande manuelle, une technique d’usinage où l’opérateur contrôle directement la machine pour façonner les pièces, sans l’aide d’une programmation automatisée. Faisant partie des premiers élèves de sa promotion à pouvoir tenter l’épreuve, elle s’est lancée sans pression particulière, avec l’idée que l’essai en vaudrait la peine quel que soit le résultat.
La préparation a représenté un investissement considérable, entre 170 et 180 heures de travail en dehors des cours, directement sur sa machine. Elle décrit ce parcours comme exigeant avant tout un travail sur soi-même :
- De nombreuses heures de pratique en dehors du temps scolaire
- Des envies répétées d’abandonner face à la difficulté
- Un effort personnel plus important que la seule technicité sur les pièces
Malgré les moments de doute, elle n’a jamais interrompu sa préparation jusqu’à l’épreuve finale.
Que retient-elle aujourd’hui de cette expérience ?
Avec le recul, Phoebe Perez ne regrette pas d’avoir consacré autant de temps à cette préparation. Elle considère que ce titre valorise son parcours et représente une réussite concrète et visible, notamment sur un CV.
Elle évoque aussi avec humour les récompenses obtenues, un polo et une veste, comme des symboles tangibles de cet accomplissement. Son témoignage encourage à persévérer même lorsque les résultats ne sont pas garantis d’avance, pourvu que l’engagement personnel reste sincère.
Pourquoi ce témoignage inspire-t-il d’autres reconversions ?
Le parcours de Phoebe Perez illustre concrètement qu’un métier technique comme l’usinage reste accessible après des échecs scolaires ou des débuts professionnels dans un tout autre domaine. Son expérience rejoint celle d’autres profils qui ont choisi l’atelier après un premier métier, comme le montre l’exemple de Julien Barry, qui vise les WorldSkills 2026 en usinage.
Ce type de parcours, de la découverte d’un métier à une reconnaissance nationale, montre aussi que l’industrie valorise la progression et l’effort, indépendamment du point de départ. Pour mieux comprendre la diversité des métiers industriels et les témoignages de celles et ceux qui les exercent, les rubriques Métiers en vrai et Paroles d’acteurs proposent de nombreux exemples similaires.
Ceux qui s’intéressent plus particulièrement à la fabrication de pièces peuvent également consulter la section Je fabrique, je réalise, qui présente les métiers liés directement à l’usinage et à la production.
Comment entamer soi-même une reconversion vers l’industrie ?
Pour envisager une reconversion professionnelle dans l’industrie, plusieurs étapes concrètes peuvent être suivies, en s’inspirant du parcours de Phoebe Perez :
- Identifier un domaine qui suscite un réel intérêt, même sans expérience préalable
- Chercher des contacts ou des structures permettant d’essayer le métier sur le terrain
- Accepter de s’investir fortement, en acceptant les doutes et les difficultés passagères
- Considérer chaque échec initial comme une étape, et non comme une impasse définitive
Ce type de démarche, ancré dans l’expérimentation concrète plutôt que dans la seule théorie, correspond à une tendance observée chez de nombreux professionnels ayant choisi l’atelier après un premier métier très différent.
Le parcours de Phoebe Perez prouve que la reconversion professionnelle dans l’industrie n’est pas réservée à un profil type, mais reste ouverte à celles et ceux prêts à s’investir. Pour découvrir d’autres témoignages inspirants et explorer les métiers industriels qui pourraient correspondre à votre projet, n’hésitez pas à parcourir les ressources et portraits disponibles sur le site.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le tournage à commande manuelle ?
Le tournage à commande manuelle est une technique d'usinage où l'opérateur pilote directement la machine pour façonner une pièce métallique, sans programmation automatisée. Cela demande une grande maîtrise technique et beaucoup de pratique.
Faut-il un diplôme spécifique pour se reconvertir dans l'usinage ?
Non, le parcours de Phoebe Perez montre qu'il est possible d'intégrer une école d'usinage et de réussir sans diplôme préalable dans ce domaine. L'essentiel est de pouvoir essayer le métier concrètement et de s'investir ensuite dans la formation.
Les femmes sont-elles discriminées dans l'industrie ?
La situation varie fortement selon les entreprises : certaines restreignent encore l'accès aux femmes en invoquant des contraintes matérielles, tandis que d'autres recherchent activement des profils féminins pour leur minutie. Il n'existe donc pas de règle générale.
Combien de temps faut-il pour se préparer à un concours comme meilleur apprenti de France ?
Pour Phoebe Perez, la préparation a représenté entre 170 et 180 heures de travail en dehors du temps scolaire, directement sur sa machine. Ce temps peut varier selon les profils et le niveau de départ.
Pourquoi se reconvertir dans l'industrie après un parcours scolaire difficile ?
L'industrie offre des voies concrètes d'apprentissage par la pratique, qui peuvent convenir à des profils ayant eu des difficultés dans un cursus scolaire classique. Le témoignage de Phoebe Perez montre qu'un parcours atypique peut mener à une réussite reconnue nationalement.


